SERGE ET JACQUELINE

SERGE ET JACQUELINE
par
Laure Vouters

 

Le quartier de Lille-Sud est en pleine mutation. Pourtant de génération en génération, les habitants y restent très attachés. La barre des Biscottes a disparu pour faire place à des logements neufs qui cohabitent avec des maisons de ville des années 1930. Le commissariat central tente de ramener le calme après de longues périodes de troubles.
La pluie me surprend ce jour-là. Je m’abrite sous un porche déjà occupé par un homme et une femme, c’est l’heure de la promenade des chiens. Elle me dit bonjour, voit mon appareil photo. Nous discutons un peu.

« Je rêve depuis toujours de rencontrer quelqu’un pour raconter notre histoire, c’est le Seigneur qui vous envoie.  »

Souvent, quand on pense à un récit, on pense aux mots. Mais Jacqueline est analphabète, et c’est peut-être pour cela qu’il lui semble normal de pouvoir écrire sa vie avec des photographies. Je suis accueillie dans le quotidien de ce couple au langage spontané, aux gestes naturels, aux rituels singuliers. Un petit monde plus organisé qu’il n’y parait, où il existe une marraine des chiens et une voiture du Père Noël…
Une vie tendre et lumineuse, parsemée d’humour et pleine de pudeur.

Tout me remue chez Serge et Jacqueline, leur sincérité, leur simplicité, leur manière de vivre. Les barrières tombent, la relation s’installe avec beaucoup d’humilité. Je me rends à leur domicile le jour de notre rencontre. Puis on se revoit, encore, et encore. Parfois, nous croisons des personnes de leur entourage ou des voisins. En les interpellant, Jacqueline me rappelle qui je suis :
« C’est une photographe, elle raconte notre histoire !  »