LES ENFANTS DU CAILLOU

LES ENFANTS DU CAILLOU
par
Thomas Girondel

 

 

 

Située à 22 km à vol d’oiseau des côtes françaises, l’île d’Yeu (surnommée le Caillou par ses habitants) est un lieu paisible, intemporel et coupé du continent. L’actualité est souvent relayée au second plan par les histoires locales, les rendements de pêche et les prévisions météo-marines. D’une superficie de 23,32 km2, l’île offre une diversité de paysages qui la rend pittoresque : avec ses pointes rocheuses et ses falaises, la côte sauvage rappelle la Bretagne et l’Irlande, alors qu’au nord, la côte sableuse côtoie les pins maritimes. Cet environnement préservé a su gardé son authenticité, loin d’un monde continental urbanisé et industrialisé.

Alors que l’île a vu son économie s’orienter vers le tourisme pour palier au déclin de la pêche, 4891 habitants – incluant 896 jeunes Islais – y vivent à l’année. Comme leurs aînés, ces derniers dépendent des bateaux et des conditions météorologiques pour rejoindre le continent ; les jours de tempête sont donc redoutés. L’isolement – surtout l’hiver – peut être oppressant pour les non- habitués. Au point que le collège public des Sicardières a été classé en réseau d’éducation prioritaire (ex-ZEP) à cause de sa situation géographique.

Cette contrainte fait pourtant partie de la vie quotidienne, tout le monde en est conscient et vit avec. C’est ce qui forge une jeunesse sportive, indépendante voire hyperactive, tant attachée au Caillou. Se sentant libres, et en sécurité sur un territoire restreint, ces groupes d’enfants apprécient le sentiment de protection lié au calme insulaire, loin des « dangers » des zones urbaines. Ces derniers – soudés depuis la maternelle – sont également avides d’aventures ; ils perçoivent les atouts naturels du Caillou comme un terrain de jeu grandeur nature. Enfin le jeune Islais assume son insularité, comme la plupart des habitants, dynamiques et dévoués, qui savent faire perdurer depuis des décennies une authenticité qui fait de Yeu un lieu si singulier.

Pourtant dès la fin de la troisième, entre enfance et adolescence, les jeunes se préparent au passage île-continent afin de poursuivre leur éducation au lycée. Certains redoutent la découverte d’un nouvel univers, plus urbain et vaste. D’autres s’impatientent à l’idée de découvrir un monde fait d’anonymat, de diversité, de nouvelles activités et de rencontres. Certains, lucides du manque d’offres d’emploi et de la nécessité d’entreprendre des études universitaires, retourneront de temps en temps sur le Caillou. Alors que d’autres envisagent leurs avenirs avec l’île comme seul territoire, en étant conscient des contraintes, mais aussi du patrimoine culturel et naturel dont ils ont hérité.