DE CARAVANES EN CARAVANES

DE CARAVANES EN CARAVANES
par
Malika Barbot

 

 

Une vingtaine de caravanes est posée sur la terre humide du bidonville du Chemin du Vigneau, à Saint-Herblain (agglomération nantaise). D’épais rectangles de scotch bordent des fenêtres, pour protéger les habitants du vent hivernal. Des rideaux, en dentelle ou à fleurs dissimulent le quotidien d’une quinzaine de familles roms. Tous les occupants vivent côte à côte sur ce terrain depuis 2017, comme la famille d’Alin, au sein de laquelle quatre générations cohabitent.

Aux abords des caravanes, un filet d’eau s’échappe du terrain pour se déverser dans la rue. Un canapé à l’ossature brinquebalante, auquel manque une partie de la banquette, borde l’entrée. Des fils électriques s’entremêlent et s’élancent vers les caravanes. Une carcasse de voiture désossée. De vieilles machines à laver empilées. Au loin, on entend le ronflement des voitures qui filent sur le périph’ nantais.

Le terrain du Vigneau fait partie des six bidonvilles de Saint-Herblain, implantés près de zones industrielles. Il appartient à la Direction interdépartementale des routes, sous l’autorité de l’État. Le 30 janvier 2019, le tribunal administratif de Nantes a ordonné aux occupants illégaux d’évacuer les lieux, sous 45 jours. Vendredi 15 mars, les habitants se sont déplacés de 500 mètres. Ils côtoient désormais la ligne de tramway et leur situation est restée la même.

D’après la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement, en juillet 2018, Nantes Métropole était l’intercommunalité la plus concernée par les bidonvilles à l’échelle nationale, avec 1894 habitants. Le département de la Loire Atlantique est, après la Seine-Saint-Denis, celui qui regroupe la plus grande population rom vivant en bidonville. En France, le nombre de campements illicites et bidonvilles s’élève à 497. La population rom représente d’une certaine manière, une frange de la France oubliée, parfois malmenée et souvent discriminée, à l’image des chasses à l’homme qui ont eu lieu en février 2019. Accusés à tord et sur de fausses rumeurs stéréotypées d’être des voleurs d’enfants.

Quai Armez
22000 Saint-Brieuc